Le CBD, un produit particulièrement utile pour les seniors 

“J’avais peur de prendre de la drogue, je ne voulais pas être défoncée et ne plus être maître de moi-même. Mais quand j’ai compris la différence qu’il y avait entre un joint de cannabis classique et l’huile de CBD que l’on me proposait, j’ai tout de suite été rassurée et partante pour essayer” Christiane B., 88 ans.

Un exemple parmi tant d’autres des conséquences de la stigmatisation et du manque d’éducation autour du cannabis. Grâce aux différentes études scientifiques, témoignages et essais cliniques menés dans le monde, on en apprend de plus en plus sur le potentiel thérapeutique du cannabidiol (CBD), phytocannabinoïde présent naturellement dans la plante de cannabis.

En France, à ce jour, la molécule de CBD ne possède pas l’AMM (Autorisation de Mise sur le Marché) délivrée par l'ANSM (Agence Nationale de Sécurité du Médicament et des produits de santé). De ce fait, il ne peut être considéré comme un médicament en tant que tel, ne peut être prescrit sur ordonnance par un médecin et prudence reste de mise quant à la revendication de ses vertus médicinales. Pour rappel, afin de “prouver” scientifiquement l’efficacité d’une molécule sur un/des symptôme(s), et qu’elle puisse ainsi être reconnue par l'ANSM, cela passe obligatoirement par une étude clinique dite RCT, en double aveugle, contrôlée par placebo et poussée jusqu'en phase III, c’est à dire, testée sur un grand nombre de patient (plusieurs centaines voir milliers) et comparée à un traitement standard déjà commercialisé.

Du fait d’un cadre légal très restreint autour du cannabis depuis l’arrêté du 22 février 1990 lorsque qu’il a été classé officiellement comme stupéfiant, ces essais cliniques ont très difficilement pu être menés en France. Les propriétés thérapeutiques que nous allons détaillées dans cet article proviennent d’études d’un niveau de certitude considéré comme inférieur car observationnelles ou seulement testées sur les animaux.

Après avoir détaillé (de façon non exhaustive) les vertus médicinales potentielles du CBD pour les séniors, étayées par différentes études, nous développerons les divers modes d’administration et les sources d’approvisionnement. 

cbd personnes agées

Quels sont les effets thérapeutiques potentiels du CBD ?

Tout d’abord, il est important de rappeler l’innocuité du CBD. Contrairement à ce que l’on peut penser, il a un bien effet psychoactif puisqu'il agit sur l’état de conscience par son potentiel anxiolytique, antidépresseur et anti-psychotique. Par contre, à l’inverse du THC, il n’a pas d’effet intoxicant, c’est à dire qu’il ne va pas faire “planer”. Ainsi, pas de risque de désorientation spatio-temporelle ou de vertige, critère primordial pour les séniors.

Le cannabidiol présente de nombreuses propriétés thérapeutiques, bien que certaines puissent encore être discutées, son effet bénéfique sur la qualité de vie est lui bien reconnu. Le système endocannabinoïde participant activement à l’homéostasie (équilibre des grandes fonctions du corps humain) peut être comparé au concierge de l’organisme. Les apports en phytocannabinoïdes vont donc avoir une influence sur l'appétit, le sommeil, le métabolisme ou encore l’énergie. 

Un phénomène particulièrement présent dans la population de plus de 70 ans est la polymédication. Du fait du vieillissement global de l’organisme, le nombre de troubles chroniques augmente. En parallèle, les thérapies ou prescriptions augmentent pour les soulager et diminuer les effets secondaires associés à certains traitements. Ainsi, on peut facilement se retrouver avec plus d’une dizaine de médicaments prescrits à prendre quotidiennement. Prenons par exemple une personne souffrant d’hypertension chronique. Son médecin lui prescrit un antihypertenseur, de type diurétique. Il va alors ajouter un second traitement pour prévenir un des effets indésirables les plus fréquents, l’hypokaliémie (élimination trop importante de potassium par le système urinaire pouvant entraîner des troubles du rythme cardiaque).

Ce phénomène s’observe avec un grand nombre de traitements dits traditionnels et les séniors se retrouvent avec des prescriptions à rallonge. La polymédication entraîne plusieurs conséquences néfastes: augmentation de la toxicité sur l’organisme, risque d’erreur lors de la prise et diminution de l’appétit. On n’y pense pas forcément mais devoir avaler 6, 8, 10 comprimés avant les repas accélère fortement la sensation de satiété. Et lorsque l’on sait que la dénutrition est fréquente dans cette population, il est primordial de s’interroger sur la façon de limiter ce phénomène.

Introduire des remèdes à base de cannabis pour diverses indications (douleurs chroniques, anxiété, troubles du sommeil, syndrome dépressif, démence, ...) va permettre de limiter le nombre de traitements prescrits, les effets secondaires associés et donc la polymédication en générale.

Les douleurs chroniques sont particulièrement présentes chez les séniors. Bien qu’elles aient des origines diverses (arthrose, ostéoporose, lésions neurologiques, conséquences d'AVC, maladie de Parkinson...), elles sont trop souvent banalisées et peu verbalisées par les patients. Ainsi, elles vont accentuer l’anxiété et les troubles du sommeil. Ces derniers sont malheureusement déjà très observés dans cette population en raison, d’une part de leur physiologie et d’autre part de leur contexte de vie, manque d’activité, isolement et perte d’autonomie. La prescription de benzodiazépines (anxiolytiques, somnifères, antidépresseurs) ou d’opiacés (antalgiques à base de morphine ou dérivés morphiniques) est donc un phénomène très courant chez nos aînés. Les ordonnances sont souvent reconduites sans être réellement réévaluées par le médecin généraliste ou gériatre. Ainsi, une addiction va s’installer de façon insidieuse, sans que le corps médical ou le patient n’en prenne conscience. Il n’est pas rare que ce dernier augmente la dose ou le nombre de prises car il ne se sent plus suffisamment soulagé.

L’utilisation du CBD dans un contexte d’addiction aux traitements traditionnels pourrait être particulièrement utile. En effet, grâce à son potentiel “anti-craving” il permet de remplacer progressivement ces médicaments addictifs en limitant le craving, c’est à dire le besoin irrépressible de consommer la substance. De plus, comme décrit précédemment, ses propriétés anxiolytiques, antidépresseurs ainsi que son efficacité sur les troubles du sommeil pourront servir à remplacer les benzodiazépines. Introduire progressivement du cannabidiol va permettre de limiter l’addiction propre aux traitements mais aussi leurs effets secondaires tels que la constipation, les nausées et vomissements, l’altération de la conscience ou encore les vertiges. Bien qu’ils soient désagréables pour tout le monde, ils peuvent particulièrement être dangereux pour les personnes âgées, plus à risque d’occlusion intestinale, de dénutrition ou de chute. 

Passons maintenant aux applications plus ciblées du CBD. La démence est un symptôme très répandu chez les séniors et notamment chez des patients souffrant de pathologies chroniques neurodégénératives. Elle serait due à une diminution de la concentration d'acétylcholine dans le cerveau. Il n’existe pas réellement de traitement traditionnel pour la soulager à part des médicaments sédatifs (antidépresseurs ou antipsychotiques) qui, comme on peut l’imaginer, ne sont pas optimaux pour le confort du patient, s’accompagnent de lourds effets indésirables et ne servent qu’à retarder le déclin des fonctions cognitives. La démence est particulièrement présente chez les patients atteints d’Alzheimer. Cette pathologie est due à deux choses : une accumulation de protéines d’une plaque appelée bêta-amyloïde entre les cellules nerveuses et une accumulation de fibres emmêlées d’une autre protéine appelée tau dans les cellules du cerveau. Ces deux phénomènes interfèrent dans la communication neuronale, engendrent une inflammation locale et tuent les cellules nerveuses adjacentes.

Le cannabidiol, grâce à son potentiel anti-inflammatoire et neuroprotecteur pourrait atténuer les effets de la neurodégénération. Il semble donc un bon candidat pour soulager la démence chez les personnes âgées, voire même limiter la progression de la maladie. C’est ainsi qu’en décembre 2017, une équipe de médecins gériatres ont eu l’autorisation de tester teintures et huiles de CBD sublinguales sur 12 puis 24 résidents atteints de la maladie d’Alzheimer, au sein de la maison de retraite Les Tilleuls en Suisse. Bien que cette expérimentation ne rentre pas dans les critères stricts des essais cliniques RCT, elle s’est avérée être un succès : « Le cannabis nous a permis de réduire, voire de supprimer les médicaments contre l’angoisse, les antidépresseurs, les somnifères. », a déclaré Dr Christian De Saussure, psychiatre​ de l’établissement. 

L’arthrose est une pathologie articulaire entraînant la destruction du cartilage. Elle s’associe à un phénomène inflammatoire, l’arthrite (inflammation des articulations). Comme décrit précédemment, le potentiel anti-inflammatoire du cannabidiol va particulièrement être utile pour agir localement sur l’inflammation et soulager les douleurs qui y sont associées. Voici une étude publiée en mars 2020 sur les bienfaits potentiels du CBD dans les troubles rhumatologiques par 3 chercheurs allemands, menée sur des rats mâles dans les laboratoires Canadien de Charls Rivers Laboratories. 

Il est important de garder à l’esprit que le CBD n’est pas une molécule miraculeuse. Il peut ralentir l’évolution d’une pathologie, soulager les symptômes associés mais ne peut être considéré comme curatif en tant que tel. C’est pourquoi, dans de nombreux protocoles, les médecins l’associent au THC, afin d’une part, d’en potentialiser ses vertus et d’autre part de profiter des bienfaits thérapeutiques propres au THC. C’est le cas notamment dans le traitement de la spasticité, un des symptômes particulièrement difficiles à soulager avec des traitement traditionnels. Elle se caractérise par des spasmes musculaires altérant la coordination des mouvements et apparaît généralement dans un contexte de troubles neurologiques tels que la Sclérose en Plaque (SEP), les AVC ou encore les lésions de la moelle. Il est alors préconisé d’administrer du cannabis dont le ratio THC:CBD est de 1:1, c’est à dire, autant de THC que de CBD. C’est aussi le cas dans la prise en charge du glaucome, atteinte du nerf optique pouvant causer une cécité. La présence de récepteurs endocannabinoïdes partout dans l'oeil (rétine, cornée et tissus alentours) favorise l’utilisation du cannabis dans cette pathologie. Le CBD a un effet bénéfique grâce à son potentiel neuroprotecteur protégeant ainsi la rétine et le nerf optique. Mais il ne suffit à lui seul à soulager le patient, c’est pourquoi l’administration associée de THC est aussi conseillée afin de réduire la pression intraoculaire. 

Bien que le THC possède un effet intoxicant, il présente de nombreux intérêts thérapeutiques et ne doit donc pas être seulement associé à l’usage adulte, dit récréatif. C’est pourquoi l'ANSM l’a inclus dans l’expérimentation sur le cannabis à visée thérapeutique en France. Elle débutera en septembre 2020 pour une période de 2 ans et concerne environ 3000 patients volontaires souffrants de 5 pathologies retenues par l’Agence : - spasticité dans la SEP - soins palliatifs - soins de support en oncologie - épilepsie sévère pharmaco-résistante (type Syndrome de Dravet, Syndrome de Lennox-Gastaut ) - douleurs réfractaires.

Au terme de cette expérimentation, les patients et les professionnels de Santé ont espoir que l’usage médicinal du cannabis soit légalisé, que la prescription soit élargie à davantage de pathologies, que le corps médical et paramédical y soient formés au plus tôt dans leur cursus et enfin diminuer la stigmatisation à laquelle les malades sont confrontés quasi-quotidiennement aujourd'hui pour leur choix thérapeutique. 

Comment prendre du CBD et où en acheter ?

Il existe différentes façons de consommer le cannabidiol. La voie d’administration choisie va moduler son effet en fonction du métabolisme subit par le CBD. Il peut être pris sous forme de :

- huile : cette voie permet de contourner le métabolisme digestif tout en apportant une efficacité relativement rapide et qui dure plusieurs heures.

- gélule, comprimé ou “edible” (c’est à dire dilué dans la nourriture) par voie orale : L’avantage de ce mode de prise est un effet prolongé de plusieurs heures mais elle n’apparaît qu’après 45 à 90 minutes, le CBD devant passer par le système digestif et risquant de se faire briser par les acides gastriques, la bile ou les enzymes digestifs.

- infusion : il s’agit du même métabolisme que les gélules ou “edibles”. Les principes actifs sont infusés dans une matière graisseuse de préférence car ils sont lipophiles mais hydrophobes (c’est à dire qu’ils se diluent très bien dans le gras mais difficilement dans l’eau) pendant au moins 45 minutes puis se consomment comme une infusion classique.

- vaporisation d’huile ou de fleurs séchées : Son intérêt est l’efficacité ressentie au bout d’une dizaine de minutes mais un effet qui s’estompe aussi rapidement.

- topique par application locale : cette voie peut être recommandée pour soulager l’inflammation locale, en cas d’arthrite par exemple.

- suppositoire rectal ou pessaire vaginal : ce mode d’administration, bien que peu répandu peut être très utile en cas de difficultés de déglutition, de vomissements ou de lésions de la bouche ou de l’oesophage (type cancer ORL). L’efficacité se fait ressentir après une trentaine de minutes. L’application vaginale est particulièrement intéressante car la femme possède de nombreux récepteurs endocannabinoïdes sur son appareil reproducteur. 

En ce qui concerne le choix de produit à base de CBD, il est conseillé d’une part de favoriser des produits d’origine naturelle, par opposition aux cannabinoïdes de synthèse. Ces derniers ne présentent par la même sécurité d’emploi et le surdosage pour s’avérer très dangereux pour le consommateur. D’autre part, il est aussi recommandé de préférer du cannabidiol issu de culture de chanvre biologique et française, répondant donc ainsi aux normes sanitaires et à la législation. Enfin, il est préférable de s'orienter vers des distributeurs dont les certificats d’analyse sont disponibles. Cela permet de s’assurer de la qualité du produit et de l’absence de substances toxiques comme pesticides ou métaux lourds. 

En conclusion, bien que les produits à base de cannabidiol ne peuvent pas être prescrits à des fins médicales à proprement parlé par le médecin généraliste ou gériatre, il est tout de même fortement conseillé d’en parler au corps médical afin de prévenir les interactions médicamenteuses ou les effets secondaires. De plus, il est préférable de mettre un place un protocole détaillé afin d’optimiser les bienfaits du CBD en choisissant la dose et l’heure de la prise avec précision et surtout en adaptant ce dosage en fonction de l’efficacité. Vous pouvez aussi vous rapprocher d’associations telles que Espoir (Im)patient pour partager votre expérience ou être conseillé pour adapter les produits et modes d’administration selon les symptômes à soulager. Le bien-être et la qualité de vie du patient senior restant la priorité, s’intéresser aux vertus du CBD va permettre au corps médical de repenser sa façon de prescrire, limiter le nombre de médicaments, les effets secondaires et la toxicité associée. 

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